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Divines et Innocentes

Divines et Innocentes

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La chaleur était suffocante. L’air lourd était parfois balayé d’un vent chaud qui soulevait les fines particules de sable, rendant l’atmosphère difficilement respirable. À son zénith, le soleil offrait une luminosité maximale qui obligeait les clients à vite se réfugier à l'ombre du palace, dans la fraîcheur bienfaitrice  de l'air climatisé.

Posé au cœur d'un golfe paradisiaque, en bordure d'une plage de sable fin, dans une magnifique presqu'ile privée, l'hôtel de prestige ressemblait à une carte de postale féerique, un lieu magique où l'éblouissement du paysage le disputait à l'élégance d'un décor d'exception.

Les invités, fuyant la canicule, y pénétraient avec fébrilité.

Tirant légèrement sur son col, Rachel avait l’impression malgré tout d’étouffer. Il n’y avait rien d’étonnant à cela lorsque l’on se retrouvait à porter un pantalon en toile, une chemise à manches longues et un gilet un jour d’été en bord de plage, à quelques kilomètres de Perpignan. C’était, malheureusement, la tenue exigée pour les serveurs et serveuses de la soirée. Néanmoins, ses cheveux châtains étaient attachés en queue de cheval, ce qui permettait à sa nuque de respirer. Un plateau en argent rempli de coupes de champagne sur une main, elle laissa son regard azur scruter les personnes aux alentours.

 

Son oreillette crépita soudain et la voix claire d'un de ses collègue résonna.

 

— Une nouvelle cliente vient d'entrer. Seule. Combinaison en soie mauve. La plaque d'immatriculation de la voiture qui l'a déposée a été photographiée avec succès.

 

— Bien reçu, répondirent deux hommes en même temps.

 

— Objet en approche, les gars, entendit-elle grésiller de nouveau.

 

— On a un visuel, équipe 3, rétorqua l’un des  guetteurs.

Rachel prit connaissance de l’arrivée d'une autre femme, accompagnée par un homme, grâce à son oreillette et au relais des membres de son équipe. 

Elle déglutit, la boule au ventre, incapable de quitter la foule bourdonnante autour d'elle.

La réception battait son plein à l'intérieur du somptueux palace , la salle principale étant louée et réservée par le richissime collectionneur Alessandro Giovanni. Afin de célébrer sa dernière acquisition, un rubis d’une taille inédite et d’une valeur inestimable, le propriétaire avait organisé une immense fête. Et loin de vouloir faire dans l’humble et le discret, il avait choisi d’impressionner ses convives dans un somptueux hôtel en bordure d'une calanque paradisiaque, un havre de paix entre mer et collines boisées. Invitant des personnages aisés et toujours plus exigeants, avides de gloire, luxe et glamour, pour une soirée qui resterait dans les annales.

Cependant, si Rachel guettait les invités, ce n’était certainement pas pour les satisfaire de sa boisson pétillante, loin de là.

Alors, tu vois quelque chose ?

Cette voix provenant de son oreillette appartenait à Fabrice, son mari, perdu dans la foule lui aussi.

— RAS, répondit-elle en marmonnant discrètement dans la montre à son poignet.

Immédiatement, afin de ne pas éveiller les soupçons, elle fendit à nouveau la foule. Elle affichait un sourire factice et poli qui n’était pas du tout dans ses habitudes. Si elle devait se forcer à exécuter cet exercice hypocrite, c’était pour ne pas griller sa couverture ou celles de ses camarades. Et cela signifiait également devoir servir d’insupportables milliardaires  qui ne faisaient que rivaliser d'audace et d'excentricités, parlant avec arrogance de leurs voyages à l'autre bout du monde et leurs possessions démesurées.

Alors qu’elle observait cette foule clinquante, son angoisse ne cessait de croître.

"Détends-toi. Merde, détends-toi. Tu es là en simple observatrice. Guetter et alerter. Pas d'intervention. Tu laisses ça aux pros ! "s’admonesta-t-elle intérieurement pour tenter de se reprendre.

Pourtant, quelque chose n’allait pas, Rachel le savait. Elle était tendue à l’extrême, en proie à un mauvais pressentiment. Et, aussi, malgré la peur qui la tenaillait, elle se sentait frustrée d'avoir les mains liées, encore une fois... Toujours reléguée au second plan, sur la touche.

"Respire, Rachel. Respire. Tu auras peut-être l'occasion de prouver ce soir ta valeur, leur démontrer à tous que tu vaux mieux que ça. Observe, sois concentrée, trouve le danger avant tout le monde..." songea-t-elle en continuant de maintenir un air calme et sûr d’elle.

 

Tout à coup, toutes les lumières décorant et éclairant la vaste salle s’éteignirent brusquement. La foule émit un hoquet de surprise général, se pétrifiant dans cette pénombre à peine illuminée par quelques portables brandis dans l'urgence, écran levé. Loin d’être effarée par les événements, Rachel inspira à fond, plissant les yeux et cherchant à vite s'habituer à la pénombre. Avant  de foncer à grands pas vers le lieu où était exposé le magnifique rubis.

 

— Elle entre en action ! cria une voix affolée dans sa radio. Que tout le monde se tienne prêt !

 

À peine eut-elle le temps d’approcher l’emplacement de l’exposition que les lumières réapparurent soudainement. Bien qu’aveuglée, Rachel ne manqua pas de remarquer que la pierre précieuse ne se trouvait plus sur son support. Le bloc de verre qui la protégeait avait été scié en forme de cercle, permettant ainsi à une main malveillante de s’en saisir.

 

— Et merde ! pesta la jeune femme en balayant la foule des yeux. Elle a le rubis ! Je répète, la cible a le rubis !

 

La plupart des policiers infiltrés abandonnèrent complètement leur rôle et se mirent en mouvement. Ils étaient déterminés à empêcher la fuite de la voleuse qu’ils avaient cherché à identifier tout l’après-midi.

Les convives commencèrent à s’agiter lorsqu’il parut évident que quelque chose se tramait. La panique étant contagieuse, ce fut bientôt la cohue, montant d'un cran lorsqu'un un premier cri retentit à l’instant même où l’un des invités découvrit la disparition du fameux rubis. L'affolement prit rapidement possession des lieux, provoquant quelques bousculades. Malgré la bousculade effrénée, Rachel restait entièrement concentrée sur son objectif. Jusqu'au moment où une forte poussé dans le dos lui fit perdre l'équilibre et, surtout, perdre son oreillette. Elle voulut la ramasser mais des pas précipités autour d'elle firent disparaitre le micro miniature dans une multitude de jambes frénétiques. Tout le monde se précipitait vers la sortie de secours, dans le désordre le plus total. Certains marchaient vite, d'autres commençaient à courir, tournant la tête en tout sens, regard affolé, visage crispé et livide, dans l'incapacité de détecter l'origine du danger. Ce qui était encore plus effrayant.

Rachel lutta contre la marée humaine qui l'emportait à sa suite quand les premiers coups de feu retentirent.

 

Rachel jaillit dans la lumière aveuglante du jour, mêlée à la foule hurlante. Peu avant d’émerger dehors, son regard acéré avait remarqué une grande blonde habillée d’une longue robe bleue à dos nu qui s’éloignait lentement vers la sortie, affichant un visage calme et impassible, contrairement aux autres convives affolés parmi lesquels elle s'efforçait de se confondre.

- Je la tiens ! Une blonde à robe bleue ! s’exclama Rachel qui s’élança du plus vite qu’elle le put en direction de la suspecte.

Avant de se mordre les lèvres en se rappelant qu'elle avait perdu son oreillette.

- Et merde !

Elle s'arrêta sur le chemin sablonneux qui longeait la plage. Cent mètres plus loin, sur la droite, la blonde s'éloignait d'un pas vif.

Sans hésiter, Rachel s'élança à sa poursuite. Tant pis, elle désobéissait aux ordres, mais elle aurait au moins l'excuse de se justifier en parlant de son oreillette perdue dans la bousculade. Et, surtout, elle avait là une occasion unique de faire ses preuves.

La blonde tourna au coin de l'hôtel, grimpant une petite butte qui se perdait entre les pins, les palmiers et les eucalyptus, dans un petit jardin exotique.

Rachel sprinta pour la rattraper.

- Police, arrêtez !

La blonde se retourna puis, en la voyant, se remit à courir plus vite, s'engouffra dans une allée adjacente, entre des massifs d'hortensias.

Rachel la suivit, constatant avec joie qu'elle gagnait peu à peu du terrain. Les talons aiguilles de la blonde ne facilitaient pas sa fuite, alors que Rachel portait des petits escarpins plats et légers.

La suspecte sauta souplement par-dessus une grille en acier ondulé qui protégeait l'accès du parking. Pour zigzaguer entre les voitures.

Rachel escalada à son tour l'obstacle et atterrit dans la terre tassée, de l'autre côté. Pour se remettre à courir à son tour entre les allées de voitures qui stationnaient en plein soleil.

La blonde se jeta contre un véhicule, une C3 Picasso blanche, déclenchant avant l'ouverture centralisée à distance, grimpant à l'intérieur, se glissant derrière le volant, puis tenta de mettre le contact, mais perdant un temps fou tellement ses doigts tremblaient.

Rachel approchait lorsque le moteur rugit enfin.

La blonde passa la marche arrière, recula droit sur sa poursuivante. Mais les voitures stationnées tout autour ne lui permettaient pas de braquer suffisamment et Rachel en profita pour bondir sur le côté droit, agrippa la poignée et se hissa sur le côté passager.

La C3 fit une embardée et les vitesses grincèrent bruyamment alors que la conductrice se battait pour passer la première. En totale panique. Perdant un temps précieux, ce qui permit à Rachel d'être à l'intérieur du véhicule plus facilement.

La blonde voulut dégainer tout en conduisant, sortant un Pistolet Beretta M9 qu'elle chercha à pointer sur la femme-flic. Mais celle-ci fut plus rapide et lui claqua violemment la main de ses doigts serrés, faisant tomber le pistolet sur le plancher. D'un coup de talon, Rachel réussit à le mettre hors de portée, derrière, sous le siège passager où elle s'était assise. Puis elle se pencha et coupa le contact. Elle allait sortir son arme de service pour tenir la suspecte en joue lorsque, à cette seconde même, elle assista à une scène incroyable. La voleuse se couvrit le visage de ses mains et éclata en sanglots.

Rachel perçut le hurlement des sirènes de police. Elle se trouvait toujours dans la voiture avec la voleuse. De près, elle paraissait plus belle et plus jeune, malgré la tension qui l'oppressait. Ses cheveux blonds, tirés en arrière et serrés en un chignon, s'étaient dénoués et pendaient de chaque côté de son visage tout pâle. Elle avait de grands yeux verts, rougis par les larmes, et un regard d'une tristesse infinie. Son visage ovale aux traits réguliers était d'une grande beauté. En harmonie avec des formes ravissantes et affriolantes que son habit en soie épousait à la perfection. Sa lourde poitrine débordait outrageusement du décolleté profond de la robe, attirant malgré elle son regard. Au milieu des seins fermes et opulents dépassait la cordelette d'une petite pochette grise en lin. Inutile de deviner ce qu'il y' avait à l'intérieur. Rachel se pencha et récupéra entre les douces coupoles de chair le sac.

- Je ne pense pas que cela vous appartienne.

En guise de réponse, la blonde leva sur elle un regard apeuré. Une peur sourde se lisait sur son visage et Rachel en fut sensible, malgré elle émue par la détresse de cette femme.

 

 

 

Avec un soupir de bien-être, Virginie se délaisse dans un bain chaud. Entourée d'une mousse odorante où elle s'efforce de tenir au-dessus stylo et magazine au sec.
Passant le temps comme elle peut à remplir un test sur la sexualité. Un bilan en vingt questions.Tout un programme...
Elle se prend au jeu, décidant d'y répondre avec le plus de franchise, entourant les réponses qui lui correspondent. Go !
1 - Faites vous souvent l'amour ?
a : 1 fois par mois
b : 1 fois par semaine
c :  2 à 3 fois par semaine
d : Tous les jours
Elle glousse en silence. D'ironie. En ce qui la concerne c'est plutôt 1 fois tous les quinze jours. Plus l'envie, d'autres priorités, la vie quoi... Son mari Mathéo  est doux, tendre, prévenant, attentionné et prévisible. Elle adore tout ce qu’il lui apporte et pourtant, même s'il lui arrive de rêver d’un brin de piquant et d’exotisme, ils sont tous les deux sur la même longueur d'onde, plutôt sages et conventionnels. A défaut, elle  prends donc la réponse a qui se rapproche le plus de la moyenne : b.

Elle attaque la suite.
2 - Combien de partenaires avez vous connu?
a  :  1
b  : moins de 5
c :   entre 5 et 15
d :   plus de 15
Sans hésiter réponse b.

3 - Avez vous déjà trompé votre partenaire actuel(le) ?
a : Non, jamais
b : Oui, plusieurs fois
c :  Oui, une fois mais ne le referais plus !
d :  Non, mais j'aimerai le faire.
Encore aucune hésitation. La fidélité est sa religion. Des valeurs d'un autre temps mais elle y croit à 200 %. Alors réponse a.

4 - Vous et le cunnilingus?

a :  J'en suis fan, le préliminaire obligatoire qui pousse au délire !
b :  J'aime bien mais je garde le contrôle
c :  Si ça peut lui faire plaisir de m'en faire ...
d :  Le quoi ? Connais pas !
Elle esquisse un petit sourire mutin en choisissant la réponse b. Un peu confuse et émoustillée.
5 - Les films X ...
a : cela vous excite terriblement
b : vous aimez bien si un bon scénario et de belles images.
c :  cela ne vous fait ni chaud ni froid.
d :  vous détestez.
Elle hésite entre c et d et finit par trancher par la réponse c.
6 - Votre meilleure amie vous drague et vous fait part de son désir d'avoir une expérience homosexuelle . Vous :
a : êtes un peu gênée d'aborder le sujet avec elle
b : vous pensez qu'elle aurait bien besoin d'un psy
c : vous trouvez la chose très excitante mais sans franchir le pas.
d : la vie est trop courte et toute expérience est bonne à prendre.
Sans hésiter elle coche la réponse a. Vivre et laisser vivre si elle n'est pas confrontée à ce genre de relation, il en faut pour tous les goûts, mais cela la gêne un peu quand même... Même avec sa propre sœur qui est homosexuelle elle évite le sujet, parlant de beaucoup de choses, mais surtout pas de son orientation sexuelle, ses amours  ou ses peines de cœur...
Elle continue le test en s'efforçant de rester sérieuse devant l'absurdité de certains propos. Puis elle en vient au bilan qui est sans appel : "Votre priorité est le besoin de maîtriser les sensations. Derrière un semblant d'audace  qui se dissimule derrière du sexe conventionnel se cache surtout une vraie romantique. Le plaisir des sens n'est pas une fin en soi, vous avez besoin de tendresse, de complicité et, plus que tout, d'amour pour rayonner sur le plan sexuel. Vous avez des  inhibitions et, même complètement folle amoureuse de quelqu'un, il y a des dérives  que vous ne ferez jamais, par pudeur, par éducation, par fierté et refus d'être la poupée du désir de l'autre. Il y a des pratiques que vous rangez du côté sale et dégradant de la sexualité et quand il vous arrive rarement  de vous laissez aller, vous maudissez votre faiblesse, honte et culpabilité, à moindre mesure... Le sexe oui, mais dans le respect des limites que vous vous fixez : amour, pudeur et...hygiène.
Du coup, vous avez du mal à vous laissez aller... Vos élans sont alors timides, votre sensualité  réfrénée, votre sexualité retenue. Vous pouvez d'ailleurs facilement vous en passer.
Cependant, dans certaines conditions, vous arrivez à l'accueillir un peu plus aisément et à prendre plaisir. Mais l'acte sexuel doit être "soft", sans aucune brusquerie, et accompagné d'une grande tendresse. Là où le désir a le temps de s'épanouir à son rythme."
A moitié convaincue elle jette magazine et stylo à terre. Quel ramassis de bêtises ! Comme si la vie devait toujours tourner autour du sexe,,,, Elle mène la vie idéale dont on abreuve les jeunes filles dès leur naissance. Une épouse aimante, un magnifique enfant, une belle et grande maison, un travail passionnant et de nombreuses activités péri-scolaires avec les autres mamans. La vie dont elle a rêvé et qu'elle a réalisé. Que demander de plus ? Et pourquoi se prendre la tête sur une psychologie de bas étage concernant les désirs et fantasmes des femmes dans une société moderne basée sur une consommation abusive. Elle laisse cela aux autres.... Pas le temps pour ces futilités.
De nature douce et généreuse, elle prend la vie comme elle vient, avec philosophie et sérénité. En harmonie avec ce petit village niché au bord du Verdon, où se concentre une vie paisible et confortable,  proche de la nature, avec ses habitudes, ses traditions et ses petits événements anodins du jour. Comme les visites et les rendez-vous dans son nouveau cabinet où elle s'est récemment installée, des visites qui deviennent une animation d'importance, qui cassent la routine. Assis en salle d'attente, les clients attendent patiemment. Et, à chacun d'eux, Virginie réserve des minutes précieuses. Elle est attentive et chaleureuse, elle aime les gens, ne voit que le meilleur en chacun d'eux. Elle fait un peu la psy, la confidente, la dame de compagnie. Son sens de l'écoute et l'affection sincère qu'elle témoigne ont vite conquis les habitants. Elle se sent proche de chacun d'eux, et elle prend son temps. Née dans un village normand, elle sait combien ces instants sont précieux, combien ces petits bavardages sont un ciment puissant. Une paix intérieure qu'elle avait perdu en s'installant dans la région parisienne, entre stress, précipitation, surmenage et pollution, et c'est d'un accord commun avec son mari qu'ils avaient tout quittés pour recommencer à zéro dans ce paisible village, dans la région natale de Mathéo.
Alors tous ces tracas de la vie citadine, ses apparences, ses frasques, sa décadence, tout cela appartient à une époque révolue qu'elle a laissé derrière elle et qu'elle ne regrette pour rien au monde.
Elle sort de la baignoire, la vide, puis enfile une robe de chambre en satin avant de sortir de la salle de bain.  Sa silhouette gracile évolue avec grâce et souplesse, où la robe de chambre ne peut dissimuler des formes splendides et agréablement proportionnées. Un frisson la secoue en quittant la chaleur de la salle de bain, et un silence pesant l'accueille lorsqu'elle longe le couloir qui mène au salon. Il est vingt-deux heures et tout le monde dort dans la maison. Son fils est couché depuis une heure déjà, et Mathéo s'est certainement endormi devant son livre de chevet. Comme à son habitude...
Dans la cuisine elle se prépare rapidement un verre de vin rouge et une salade et, le tout sur un plateau, se rend ensuite dans son bureau pour vérifier sa messagerie électronique avant de se coucher. Sa sœur Julie appelle rarement, des fois quelques sms, et préfère les méthodes plus modernes pour communiquer ou donner de ses nouvelles. Mais, étrangement, depuis trois jours c'est le silence absolu, et elle n'aime pas ça, même si elle sait au fond d'elle-même qu'il n'y a aucune raison pour s'alarmer. Mais, en tant que grande sœur, et vraie mère poule, elle vérifie tous les jours s'il y' a des messages de sa part. Elle s'installe à son bureau, poussant avec son plateau les piles de revues professionnelles qu'elle n'a pas eu le temps de ranger sur les étagères. Pour la plupart des ouvrages de médecine. Cette pièce, son bureau, c'est l'endroit où elle passe le plus de temps, et elle l'avait conçue à son goût, avec une large bibliothèque en bois massif et une large baie vitrée surplombant un coude rocailleux des gorges du Verdon.  Elle se connecte sur hotmail et constate qu'elle a reçu plusieurs courriers. Son regard passe vite sur les différents e-mails d'amis ou des notifications facebook, des messages publicitaires et deux de sa banque, avant de s'arrêter sur le nom de sa sœur. Elle ouvre le message qui, étrangement, envoyé en début d’après-midi, n'a pas de sujet, ce qui n'est pas dans les habitudes de sa sœur. Un document graphique est associé au message. Intriguée, elle la charge puis la décompresse. Une image commence à se matérialiser sur son écran, se déroulant en couleurs, une ligne de pixels après l'autre. Elle comprend assez vite qu'une forme humaine se dessine, dans un dessin succinct, avec aux pieds du personnage fictif une sorte de mare rouge, souillant et imbibant le sol. Virginie, à cette première vision, sent les battements de son cœur s'arrêter, avec l'impression de se détacher de la réalité. Puis une blessure rouge, béante et déchiquetée, se dessine au niveau du poignet, en gros plan.
Interdite, elle contemple cette horreur absolue avec incrédulité, avant de pousser un cri affolé lorsqu'une mot se peigne sur l'écran au dessus de la silhouette humaine, en forme de gouttes ensanglantées : SOUFFRANCE.
Elle a peur de comprendre et se jette sur le téléphone. Elle s'obstine à rappeler plusieurs fois alors que la messagerie vocale s'enclenche à chaque appel. Sa sœur ne répond pas, ou n'est plus capable de répondre à qui que ce soit, ce qui fait monter d'un cran sa panique.
Ses idées tournoient en un cercle infernal tandis qu'elle fixe de nouveau la boucherie sur son écran d’ordinateur, puis elle s'oblige à détourner le regard pour se concentrer sur son téléphone, sur ses contacts. Elle sait qui joindre. Marianne, la compagne de Julie. Celle-ci répond assez vite :
- Oh ! Virginie, j'allais vous appeler justement !
Voix cassée qui ne présage rien de bon. Virginie crie sans s'en rendre compte :
- Marianne, par pitié, dis-moi que Julie va bien, qu'il ne lui ai rien arrivé ?
Le bref silence qui lui répond la glace de terreur. Puis une voix blanche lui répond enfin :
- Elle est en vie, Virginie, ne vous inquiétez pas... Mais comment êtes-vous au courant ?
Depuis deux ans qu'elles se connaissent, Marianne n'est jamais parvenue à la tutoyer, ce qui n'a jamais agacé Virginie, jusqu'à ce soir où elle se sent à fleur de peau.
Sans répondre à sa question, elle lui demande un peu trop brusquement :
- Merde, qu'est-ce qui s'est passé ? Je veux tout savoir...
Encore un silence pesant avant que Marianne ne prenne la parole.
- Elle a tenté de se suicider. Avec des medocs. Du Prozac. On ne sait même pas combien elle en a pris car sa boite était déjà entamée mais la quantité devait être importante car...car...
La voix se brise avant de reprendre entre quelques sanglots :
- Elle était inconsciente quand je l'ai trouvée par terre, au pied du canapé. Là elle est aux urgences, je suis en salle d'attente, mais le médecin à l'accueil vient de m'informer qu'ils lui ont fait un lavement d'estomac et qu'elle vient de reprendre connaissance. C'est bon signe, mais elle est encore shootée, et j'ai beau faire un scandale monstrueux pour la voir ils ne veulent rien entendre, ils ne veulent pas me laisser entrer, quelle bande de petits cons !
Virginie est effondrée, ne prenant même pas le temps d'essuyer les larmes qui ruissellent sur ses joues.
- Mais, bon sang, pourquoi a t-elle fait ça, je ne comprends pas ?
- Virginie, je ne sais pas si Julie vous en a parlé ... Enfin, je ne pense pas, car elle m'a demandé de ne rien vous dire, et je crois sincèrement qu'elle n'a jamais eu l'intention de vous en faire part, pour ne pas vous inquiéter... Voilà, Julie consulte un psychiatre depuis six mois, depuis septembre dernier exactement...
Virginie refoule ses sanglots alors que son cœur se serre davantage. Elles ne se sont vues qu'une seule fois depuis ce septembre dernier, en Janvier, et elle n'avait rien remarqué. Elle se maudit, culpabilise... Elle aurait dû deviner, l'instinct protecteur de la grande sœur pour la cadette, toujours aux petits soins, toujours à l'affût, et elle n'avait rien vu...
-  En effet, je l'ignorais...
- Et elle a fait déjà une tentative de suicide... reprit Marianne dans un souffle saccadé. Un peu avant Noël. Rien de grave, un appel au secours plutôt. Et elle m'a fait jurer de ne rien vous dire, qu'elle vous en parlerait plus tard... Alors j'ai gardé le silence, en sachant très bien qu'elle ne vous en parlerait sans doute jamais, mais en espérant le contraire... Et comme c'est devenu un sujet tabou...
- Je vois... parvint tout juste à articuler Virginie.
Mais elle ne voit rien, bien au contraire. Elle se sent nulle et incapable, totalement impuissante. Effondrée. Pourquoi sa propre sœur ne lui avait-elle pas parlé, pourquoi ne lui avait-elle pas demandé de l'aide ? Cela la dépasse.
- Depuis quand est-elle dans cet état dépressif ? Je ne comprends pas... Il s'est passé quelque chose bon sang pour qu'elle s'effondre aussi vite ? Tu m'as dit septembre dernier ? C'est à ce moment là qu'il a dû se passer un drame ?...
Elle entend Julie qui pleure et se mouche avant de parler difficilement.
- Tout a commencé un peu avant, Juillet et Août, durant nos emplois saisonniers. Julie et moi avons trouvé un emploi de serveuse au même endroit, un gite de vacances gay, dans les Pyrénées Orientales, dans le Vallespir, pas loin de chez nous.
- Oui, je le sais tout ça...
- Mais ce que vous ne savez pas c'est que Julie m'a...m'a...
Sa voix se brise, sans force. Une grande inspiration et elle reprend le fil de sa discussion sur un ton plus froid, plus sec.
- Elle m'a trompée. Avec une autre femme, Brigitte, qui se trouve être l'associée et l'amante de la propriétaire du gite. Et j'y étais merde, je l'ai senti venir, et j'ai rien pu faire !
Elle se met à pleurer, puis à reparler, mais d'un ton plus cinglant, plein de fiel, de haine.
- Cette salope lui a fait un rentre-dedans inimaginable, une espèce de dingue manipulatrice. Cette Brigitte est un peu comme une vampire, elle s'est nourrie de sa naïveté, de sa fraicheur, elle l'a pervertie et souillée, et Julie est devenue comme méconnaissable, envoûtée, totalement vulnérable à toutes les manigances de cette chienne en chaleur, et je n'ai rien pu faire pour l'éviter.
Les propos sont crus et choquants et Virginie se sent brusquement mal à l'aise. C'est là un territoire inexploré, un monde inconnu, l'amour et les manigances entre femmes. Elle se sent vidée et découragée. Sans aucune imagination  pour ressentir la souffrance d'une femme trahie par une autre femme, les rivalités lesbiennes, les caresses lesbiennes, sans comprendre comment cela peut leur faire perdre la tête à ce point. Déjà qu'elle avait l'esprit étroit pour comprendre les passions et les actes incompréhensibles qui pouvaient frapper n'importe quel couple hétérosexuel , alors pour les couples homos elle se sentait littéralement larguée. Et Marianne qui continue de se défouler dans ses délires haineux.
- Elle l'a sucé jusqu'à la dernière goutte de son sang, moralement et sexuellement, car je crois que ce qu'elle lui faisait au lit dépassait l'entendement, elle se l'est accaparée corps et âme, et j'avais l'impression de vivre un cauchemar en constatant que je ne pouvais rien faire pour la remettre sur la voie de la raison. Je l'ai perdue. Elle s'est perdue. Dans une relation malsaine et destructrice. Elle lui mangeait dans la main à cette garce manipulatrice et c'était de pire en pire...

La voix s'enroue, se brise. Virginie a du mal à réaliser tout ce qu'elle entend.
Comment l'amour peut-il causer autant de dégâts ? Et entre femmes surtout... Virginie chasse de son esprit les images et les odeurs que cela implique. Elle ne veut pas connaitre les détails. Mais juste les faits.
- Si j'ai bien compris, vous avez donc rompu toutes les deux et ma sœur s'est mise alors avec... avec cette Brigitte.
- Oui et non. Car Julie je ne l'ai jamais lâché, je me suis battue corps et ongles pour la remettre sur le droit chemin. Et je savais très bien que Brigitte ne faisait rien par amour, mais juste par jeu, par perversion, et qu'elle s'en lasserait dés qu'elle aurait obtenue tout ce qu'elle voulait d'elle. Et la suite m'a donné raison. A la fin de notre contrat, fin Août, Brigitte a jeté Julie comme un mouchoir usé. Et Julie en a eu le cœur brisé, elle ne s'en est jamais remise. Moi, ma Juju, je l'aime, je lui ai pardonné, et depuis je recolle les morceaux.
L'esprit confus, Virginie ne sait plus où elle en est. Au fond du tunnel, et les lumières ne brillent nulle part pour lui indiquer la sortie. Une question lui apparait pourtant dans toute sa logique :
- Et cette Brigitte était bien la petite-amie de la patronne du gite. Pourquoi ne pas l'avoir menacé de tout dévoiler ? Ou même carrément tout balancer ? Cela aurait mis un terme définitif à toute cette histoire. Le risque de perdre son emploi et sa maitresse aurait fait peur à Brigitte, sans aucun doute...
Un silence gênant lui répond, puis une voix hésitante avoue enfin :
- Je ne pouvais pas... Brigitte me tenait, elle m'a piégé...
Elle hésite longuement avant de continuer.
- Elle m'a séduite, au début de notre travail. Et je n'ai pas su résister... J'ai été faible, tellement faible, je m'en veux tellement...
Nouveaux hoquets et sanglots bruyants. Puis elle continue d'une petite voix :
- Brigitte est une séductrice redoutable. Elle dégage un sex-appeal tellement effroyable, tellement puissant, comme une sorte d'attraction irrésistible et... et maléfique. Et au lit c'est un monstre de sensualité et de perversion, elle vous entraîne au-delà de vos limites, à vous faire perdre la tête. A vous rendre pâmée et dépendante de ces plaisirs-là. Mais, contrairement à Julie qui est beaucoup plus fragile et vulnérable, je l'ai vite percée à jour et je me suis vite sortie de ses filets. Mais pas assez vite pour qu'elle filme à mon insu nos ébats sexuels et qu'elle me menace de les montrer à Julie, ou à les diffuser sur mon compte facebook, ou pire encore... Je vous l'ai dit... Virginie, elle est dangereuse, et tellement calculatrice ! J'étais donc pieds et mains liées et ce sont pour ces raisons que je n'ai pas pu tout balancer à la gérante du gite. C'était un combat perdu d'avance. Cette garce avait tout manigancé, elle est pire qu'un cancer, elle détruit tout ce qu'elle touche, elle nous a détruit, elle a brisé Julie, et son ombre va nous poursuivre et nous hanter jusqu'à la fin de nos jours. Qu'elle aille pourrir en enfer !
Sa voix se fait plus mordante, son débit plus haché, au rythme de la haine qui remonte.
Virginie y met fin, ne supportant plus d'en entendre davantage. Vidée de toute substance. Trop de révélations et d'émotions en si peu de temps c'était trop.... D'une voix lasse elle intervient :
- Je prends la voiture demain à la première heure, je ferme le cabinet jusqu'à dimanche soir, et je reste chez vous jusque là pour trouver un heureux dénouement à cette histoire. Où du moins une solution qui puisse nous amener vers du positif. Il faut que je vois Julie, je dois lui parler, lui faire entendre raison, je... je serais là demain, sans faute.
- Bien sûr, bien sûr, avec plaisir et... Oh ! Attendez ! Le médecin de l'accueil m’appelle, je peux entrer la voir. Je vous tiens au courant dés que possible.
La communication se coupe brusquement. Virginie reste figée, paralysée, assise devant son bureau sans avoir envie d'attaquer son repas, sans appétit, sans énergie. Et trop terrifiée par le chaos qui règne en elle pour gagner sa chambre et essayer de dormir. Puis, brusquement, comme des vannes qui s'ouvrent, elle se met à pleurer sans discontinuer, de rage et de chagrin. Avec un sentiment de haine et de détermination qui finit par balayer tout le reste, comme si ses émotions suivaient leur propre cours comme un torrent dangereux et furieux. Une force de la nature qu'aucun barrage ne semble pouvoir arrêter.

Quelques semaines plus tard...

Au dessus de la porte du bar-restaurant est accrochée une enseigne délavée représentant un sanglier dans toute sa force et sa férocité, aux défenses recourbées et tranchantes, dont les petits yeux brillants semblent dévisager l'arrivante d'un air menaçant.

Virginie étudie la façade de l'auberge pendant un moment, s'armant de courage et réfléchissant aux conséquences de ses actes si son plan se déroule comme prévu. Il est trop tard pour reculer. Les dés sont jetés et elle s'en remet au destin pour la suite des événements. Si les quelques minutes qui suivent se déroulent mal tout tombe à l'eau. Dans le cas contraire...

Elle s'efforce de faire le vide dans sa tête en évacuant tout son stress. Se perdant dans la contemplation de la façade qui est constituée de poutres et de briques rouges disposées en épi. Toutes les fenêtres sont à petits carreaux et des glycines rivalisent avec les fleurs mauves d'un imposant bougainvillier qui accrochent leurs grappes autour des encadrements. En harmonie avec l'ensemble du complexe, fleuri et luxuriant, dans un décor agréablement végétal et bucolique.

Avec une profonde inspiration elle décide de se jeter dans la gueule du loup, franchissant le seuil de l'établissement d'un pas décidé.

Elle pénètre dans la salle et balaie le décor des yeux. Les lieux sont  sobres et propres, avec deux salles, un grand restaurant et un bar, chacune accueillante à sa manière, la dernière au fond, assombrie par des lambris, la première éclairée par des murs couleur chair et ocre, des poutres épaisses et solides, avec le soleil qui se déversait par les fenêtres. Il n’y a ni musique, ni client… Pas la saison encore... Une silhouette se redresse brusquement  derrière le comptoir, des bouteilles de bière à la main, faisant sursauter Virginie malgré elle.

– Salut… C'est fermè là, tout ouvre début Juin, pas avant…

Virginie s’est faite surprendre par cette jeune femme qui vient d’apparaître, mais au moins, quelqu’un s’occupe des lieux. Elle avait tellement eu peur de ne trouver personne, une visite improvisée pour rien.  C'était là un risque qu'elle avait osé prendre, et qui porte ses fruits. Soulagée, elle approcha en glissant doucement ses mains sur son jeans.

- Bonjour. Je ne suis pas une cliente. En fait… Je viens pour le poste… J'ai vu votre annonce sur le journal.

La jeune femme derrière le bar acquiesce en silence et poursuit sa tâche en remplissant un réfrigérateur des bouteilles de bière. Puis, derrière son bar en chêne, lève le nez du verre qu'elle vient de prendre pour l'essuyer, daignant enfin la regarder. A l'instant où Virginie se dirige vers elle, vers le comptoir dans la salle de café. Les yeux clairs de la serveuse se fixent, brillants, insistants et, l'espace d'une seconde, Virginie se sent mal à l'aise sous ce regard.

– Ok. Tu as bien fait de venir alors....  Tu as un CV ?

Virginie s'adosse au comptoir et croise les bras en détaillant les lieux avec précision, pour se donner une contenance. Puis, d'un air faussement détendu, sort un papier de son sac à main.

- Bien sûr...

En priant silencieusement que personne ne se penche de façon trop stricte sur la véracité de ses faux emplois inscrits sur son CV, rédigé avec la complicité de Julie qui lui a été d'une précieuse aide.

La serveuse ne prend même pas le temps de jeter un regard sur son faux document, le posant négligemment derrière elle pour essuyer d'autres verres.

– Tu as quel âge ?

- 27 ans.

- Bien. Tu sais, pour tenir le poste, et le choc surtout, il faut être jeune et vaillante. Un seul jour de congé en Juin et Septembre. Mais rien en Juillet - Août, tu bosses sept jours sur sept avec des horaires de fou !

- Le travail ne me fait pas peur.

- Je n'en doute pas, mais la suite risque de te faire peur. Tu connais notre clientèle ou pas ?

Là, elle l'observe avec une lueur amusée et ironique, un petit sourire sur les lèvres. Vraiment, cette femme dégage une beauté sensuelle à toute épreuve. Provocante et déstabilisante. Très féminine, sûre d'elle, un soupçon autoritaire et sexy qui aime se mettre en avant et ne pas laisser indifférente. Pari réussi...

Pendant les courts instants où cette brune la jaugeait, l'air de rien, Virginie l’avait scrutée aussi dans ses gestes. Elle garde un air naturel et répond.

– Je connais. Et je n'ai aucun préjugé.

La brune acquiesce légèrement sans la quitter des yeux et nettoie le bar avec un chiffon d'un geste rapide et assuré.

– Même si certaines te draguent ouvertement ?

Sur cette question inattendue, Virginie lève les sourcils et esquissa un léger sourire plein de froideur.

- Comme je l'ai dit, je n'ai pas de préjugés. Et je suis assez grande pour gérer ce genre de situation si elle se présente. C’est un pré-entretien là ? Vous êtes la patronne ?

Elle regrette vite son agressivité palpable, de rester sur la défensive, mais cette femme avait le don de l'agacer avec ses allures trop franches. Mais cela semble amuser son interlocutrice.

– Son bras - droit, et c'est moi qui m'occupe des embauches. Et là, c’est un entretien… Déjà, tu marques un bon point. Tu as du caractère, j'aime ça...

Elle contourne le bar pour rejoindre Virginie et ramène ses mains sur ses hanches en la scrutant de la tête aux pieds.

– Tu es jolie, très jolie. Aucun doute que beaucoup de clientes ne seront pas insensibles...

Sous le compliment un peu trop direct, Virginie s’est tendue. Une nouvelle fois, son sang-froid l’a abandonnée. Elle ravale les répliques acerbes qui ont faillir jaillir de sa jolie bouche et se reprend vite.

- Un atout de charme n'est pas à négliger, vendre du rêve et du fantasme fait partie des vacances non ?

La brune éclate de rire, un rire franc et fort. Avant de demeurer bras croisés sans la quitter du regard, les yeux humides et taquins. Elle fixe cette splendide blonde avec insistance et peut aisément deviner que celle-ci se force à garder une contenance fière et bravache. Qu'elle joue la comédie, affichant un caractère fort et audacieux, mais elle sent la fragilité sous la carapace. Pourquoi ? Pour avoir le poste, sans aucun doute...  Elle s’approche, tourne lentement autour d’elle et revient sur ses pas :

– Tu es hétéro, pas vrai ? Et mariée ? Ton alliance...

Virginie l’avait suivie des yeux, ses pouces coincés dans les poches de son jeans et intriguée par cette façon dont la brune venait de lui tourner autour. Comme une lionne qui se joue de sa proie.  Elle prend un air déterminé :

- Oui, hétéro exclusivement. Mais l'esprit ouvert.

– Tant mieux. Je te dois quelques explications. Beaucoup de femmes ici viennent en couple, et si certaines te regarderont avec intérêt ou te feront quelques remarques...coquines...ce sera toujours dans le respect et la rigolade bon enfant. En majorité. Quelques unes, plus enclines à des envies libertines, tenteront quand même leur chance, d'abord sur le ton de la plaisanterie, en te jaugeant pour voir si une ouverture est possible ou pas... A deux ou à trois... Si elles comprennent que tu n'es pas intéressée, elles en resteront là, ne t’inquiète pas... Certaines célibataires, même si elles te trouveront à leur goût, ne sont attiré que par les femmes de leur bord, la même orientation sexuelle quoi, et te ficheront la paix quand elles apprendront ton hétérosexualité. D'autres, par contre, seront justement émoustillées par ton côté hétéro, le fruit défendu, le défi à relever, celui de séduire et initier une belle innocente à leurs petits jeux interdits... Ce sont ces femmes là qui seront les plus insistantes et tenaces, mais ce sont des clientes, la plupart des habituées, et en aucun cas tu devras les rembarrer ou les insulter ou je ne sais quoi encore... Le client est roi, je ne t'apprends rien !

- Ne vous inquiétez pas, je ne ferais pas d'esclandre ou de scandale. En aucun cas. Elles ne peuvent pas être plus pires ou dangereuses que certains clients  lourdauds et dragueurs que j'ai souvent côtoyé dans mon boulot, je sais être ferme et diplomate en même temps.

- Très bien. Ce petit détail résolu, entrons dans le vif du sujet. Trois services. Le matin de huit heures à dix heuresTu t’occupes de la salle, tu ramasses les verres, tu prends les commandes, tu souris, et tu t’assures que les frigos soient pleins.

Elle la tira vers une porte.

 

Rita : Quand ils sont vides, tu viens chercher les cartons ici.

 

Quand elles furent entrer dans l’office, Faith se redressa, une feuille dans les mains et Rita la désigna à Sarah.

 

Rita : La nouvelle est là, je l’ai briefée…

 

Elle fixa la nouvelle.

 

Rita : J’y retourne, si t’as des questions, tu viens me voir. Ok ?

 

La brune retourna derrière le comptoir pour continuer de remplir les grands réfrigérateurs.

– Douze dollars de l’heure au début. Passe déjà le premier soir, après on verra…

Douze dollars ? Cela étonnait la blonde qui ne s’était pas attendue à plus de six ou sept. Son sourire était largement revenu sur ses lèvres. Elle se recula, l’air enjoué.

Sarah : Je le passerai. Merci, et à tout à l’heure…

La brune l’interpella, une bouteille de bière vide à la main.

– Sarah, attends…

Elle attendit que la blonde se tourne et rajouta en lui lançant la bouteille.

– Attrape ça…

Sarah avait attrapé la bouteille dans un réflexe, mais restait plus dubitative.

Sarah : Et j’en fais quoi ?

La brune afficha un léger sourire.

– Tu la ramènes chez toi comme souvenir…

Elle reprit sa tâche, marqua une pause, et rajouta.

– Sois à l’heure.

Sarah demeura plus perplexe mais sortit finalement avec sa bouteille vide à la main.

 

*********

 

Sarah arriva à l’entrée du G-Lounge le soir venu. Une foule de clients entrait et sortait des lieux et elle se fraya un chemin afin de rejoindre la salle. L’ambiance était euphorique, les gens dansaient, discutaient, et la musique résonnait à travers les enceintes. Un groupe de rock était installé dans un coin du bar. Elle arriva jusqu’au comptoir, plus incertaine, et une des serveuses se posta devant elle en lançant son torchon sur l’épaule.

– Salut, je te sers quoi ?

La blonde était nerveuse de voir tous ces clients, de voir également ces filles courir derrière le bar. Elle se pencha et dut forcer sur sa voix pour se faire entendre.

Sarah : En fait, je viens pour travailler… Je suis Sarah.

L’autre blonde la détailla même si cette nouvelle fille semblait un peu jeune. Elle lui fit un signe de tête.

– Ok… Suis-moi.

Sarah s’exécuta donc, son regard sur les autres serveuses dont le rythme de travail semblait soutenu.

– Moi, c’est Rita.

Elle désigna une autre fille qui servait des shooters.

Rita : Elle, c’est Rachel.

Une autre la contourna en lui souriant.

– Salut…

Rita : Elle, c’est Tyler et Faith doit être dans la réserve.

Elle lui montra les réfrigérateurs derrière le comptoir.

Rita : Toutes les bières sont ici et Faith t’expliquera pour les cocktails.

Elle la fixa.

Rita : Vu que c’est ton premier soir, tu t’occupes de la salle, tu ramasses les verres, tu prends les commandes, tu souris, et tu t’assures que les frigos soient pleins.

Elle la tira vers une porte.

Rita : Quand ils sont vides, tu viens chercher les cartons ici.

Quand elles furent entrer dans l’office, Faith se redressa, une feuille dans les mains et Rita la désigna à Sarah.

Rita : La nouvelle est là, je l’ai briefée…

Elle fixa la nouvelle.

Rita : J’y retourne, si t’as des questions, tu viens me voir. Ok ?

Sarah : Ok…

Elle s’éloigna, laissant Sarah plus perdue que jamais après toutes ces explications rapides. Cette dernière ne s’était pas attendue à voir le bar aussi bondé de clients, ni même de constater cette ambiance enflammée. Elle resta devant l’entrebâillement de la porte, troublée par le regard que lui portait la brune dont elle connaissait enfin le prénom.

Sarah : Salut…

Faith s’approcha de Sarah et défit les derniers boutons de son chemisier qu’elle noua. Elle ajusta les pans et prit enfin la parole.

Faith : Les clients et clientes sont là pour voir de belles nanas, alors sois-en une…

Sarah s’était laissée faire, bien que perturbée par cette annonce. Elle releva ses yeux de son vêtement noué à ceux de sa patronne.

Sarah : Ça n’implique rien d’autre que de faire ce que Rita m’a dit, n’est-ce pas ?

Faith : Je suis pas un mac, mais un patron de bar, Sarah…

Elle s’éloigna vers des piles de caisses.

Faith : Les pourboires sont pour toi, ta pause est dans deux heures et au moindre problème, t’appelles Bob, le gros balaise à l’entrée. Tu peux y aller… 

A suivre...

Cette femme dégageait une beauté sensuelle à toute épreuve. Très féminine, un soupçon autoritaire au premier abord

Lana ne pouvait s'empêcher de la détailler. De sa façon de parler à sa posture, Kelli Nollan dégageait une assurance agréable et avait dû séduire bien des jeunes femmes avant elle. Elle était assise de côté, son coude sur le dossier de la chaise, très décontractée tandis que Lana se tenait droite, accoudée à la table et les mains jointes devant elle.

Elle détailla la jeune actrice près d’elle qui gardait une allure aussi décontractée que celle qu’elle avait remarquée sur quelques clichés de paparazzi. Un léger sourire étira ses lèvres en songeant à toute cette fureur médiatique autour de Sarah.

Sarah se demandait si elle serait capable de jouer ce rôle même sans connaître les détails du script. Elle réfléchissait et se sentait nerveuse à l’idée de relever ce défi. Pour toute autre actrice il en aurait été autrement, mais elle connaissait les raisons de son angoisse. Elle demanda :

— Vous êtes gay ?

— C’est pas évident ?

Sarah détourna son regard, un léger sourire sur ses lèvres.

— Non, c’est pas évident.

Elle la regarda de nouveau.

— Quand on vous regarde vous avez pas la touche gay. Et vous avez du cran de me le dire comme ça.

Faith était amusée par la réaction spontanée de Sarah. Pourtant, elle ne se sentait nullement dérangée avec sa sexualité même si elle ne l’affichait pas dans tous les journaux.

— Je vois pas de raison de te le cacher.

Sarah se mordit le coin de sa lèvre sur cette réponse évidente formulée par la productrice. Elle leva un peu les épaules et prit son verre de soda.

— Ouais… Mais tout le monde doit pas penser comme vous.

Faith ne quittait pas son léger sourire en observant Sarah devant elle. Celle-ci semblait cacher d’innombrables choses, telle une adolescente qui se cherchait. En son sens, la jeune actrice l’était du haut de ses dix-neuf ans.

— Alors ? A quand le mariage avec le vampire de ces demoiselles ?

Sarah se mit à rire sur cette question qui avait le mérite d’être plus directe que celles posées habituellement. Elle  alluma sa cigarette, aspira une bouffée libératrice et répondit :

La nuit était tombée quand Danielle pénétra dans sa chambre et s’enferma à clef. Elle posa son sac sur le bureau, sur les quelques livres de cours qu’elle n’avait pas rangés et déboutonna son gilet. Un silencieux soupir s’évada de ses lèvres. Elle était nerveuse, tendue. Son angoisse lui restait chevillée au corps. D’un pas pressé, elle se dirigea vers les rideaux et les ferma d’un geste sec. Elle ne voulait pas être vue et se sentait observée depuis des semaines. Elle ôta son vêtement et pénétra dans salle de bains. On frappa à la porte et elle dû revenir sur ses pas pour ouvrir à sa grande sœur.

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